canton de Montmirey-le-Château: le XXe siècle des eaux sauvages et domptées

sur la commune de Moissey

la source captée de Melay (1880-1963)

l'aqueduc de Melay au profit de Montmirey-le-Château et Moissey

le journal du tentateur de restitution

par Christel Poirrier

voir la source et le canal souterrain de la Goulotte

voir les plans de la source captée de la Goulotte

lire le journal hydraulique

Mercredi 3 avril 2003.

 

La réunion de la Commission Communication et Informatique s'est tenue en mairie de 17 h 30 à 19 h. La page historique du Bulletin Municipal sera assurée cette fois (la troisième) par Pierre Pénez, qui nous a donné un article sur l'eau. C'est un tirage imprimante A4 que je devrai dactylographier dès que j'aurai cinq minutes. Son "histoire d'eau" occupe une page et demie, et il me revient à l'esprit qu'il y a longtemps que je rêve de faire un opuscule sur l'eau, les puits, les fontaines, les lavoirs, les abreuvoirs, les prises d'eau et même les moulins, enfin "tout ce qui va et tout ce qui vit" au fil de l'eau. Mon rêve est ambitieux, puisqu'en 1998, je voulais faire un site internet sur les pierres "hydrophores" (conductrices d'eau) de tout le canton de Montmirey-le-Château.

Mercredi 23 avril 2003.

 

Je reviens vivant de Melay où j'ai fait un drôle de malaise. Je suis parti de ma maison à 13 h 30, avec bottes, gants, sécateur et mon appareil-photo numérique. J'ai tapé (pendant que le soleil, lui, me tapait inconsidérément) dans l'impénétrable bosquet de Melay avec une ardeur telle, que vers 15 h, j'ai rejoint ma voiture sur la route, je me suis assis à son ombre et je suis tombé dans les pommes après avoir eu la vue tout blanche. Peut-être 10 mn plus tard, je sommeillais parallèle à ma caisse. J'en étais donc sorti vivant. Puisque vivant j'étais, j'ai attaqué l'autre bosquet et je suis rentré à 16 h au bercail, avec l'idée que j'avais risqué réellement ma vie pour faire des photos pour l'article du bulletin municipal (qui est sur le web, dans "au jour le jour" "source de Melay").

Donc, les photos, elles sont là, je n'ai plus qu'à les "développer". Je crois que maintenant, je vais risquer ma vie tous les jours pour rester vivant.

J'ai à ce jour de bonnes images du réservoir et du répartiteur ainsi que de la tête du puits de l'autre bosquet, celui que j'ai cru, pendant quelque temps, être de captage.

Jeudi 24 avril 2003.

 

Je suis allé faire une petite visite à Robert Ruisseaux, pour qu'il me parle de la fontaine de la Rue Basse, "la sienne", en quelque sorte. J'ai appris qu'à l'origine, il y avait un bac en calcaire, 50 cm sur 2 m, creux d'à peine 30 cm, du moins, c'est ce que nous révèle les traces lisibles encore contre le mur. Ces dimensions sont évaluées (surtout la largeur) mais on n'en est forcément pas loin. D'ailleurs, les résultats de la recherche historique sont souvent des approximations, des fourchettes, c'est-à-dire des valeurs comprises entre deux seuils dont on serait sûrs.

Selon Robert Ruisseaux (né en 1938, Moissey), il y avait dans la Rue Basse d'origine ce bac en calcaire, puis, on a ajouté un bac en fonte qui venait de la Rue Haute (autour de 1958), mais le bac en fonte disposé en premier et celui en calcaire en second. Il faut dire que le nombre de bestiaux à faire boire était énorme dans cette rue, puisqu'il y avait, en plus des Ruisseaux, Ferréol Sigonney qui élevait des bovins.

Robert Ruisseaux m'a confié des plans sur lesquels on voit,

1. Le réservoir commun à Moissey et Montmirey-le-Château (ZB 97, c'est sur ses terres)

2. La conduite (encore sur ses terres) de 20 cm de diamètre qui part de ce réservoir et qui va au cimetière. Le dessin, dressé par Bernard Chauvin, s'arrête hélas au dernier regard qui est au bord de la route (ZB 101).

J'ai appris que le puits que j'ai rencontré sur ZB 85 (sur les terres Ruisseaux) n'est pas la source, mais un puits de visite. Le captage de l'eau se fait sur une parcelle à peine plus loin, exploitée par Jean-Marie Lormet d'Offlanges, ZB 43.

J'ai invité Robert Ruisseaux à m'accompagner à ma prochaine expédition sur Melay, et nous avons pris rendez-vous pour vendredi à 10 h.

Vendredi 25 avril 2003.

 

Nos investigations avec Robert Ruisseaux ont été très fructueuses. J'ai eu, après, le sentiment d'en savoir maintenant bien assez.

Nous sommes partis à 10 h, Robert Ruisseaux avait emmené son goui, sorte de serpe de forestier. Nous sommes allés d'abord sur le bosquet nord, ZB 84. Robert Ruisseaux a écarté la dalle du réservoir (20 cm d'épaisseur), on a pu voir le niveau de l'eau et quelques échelons en tiers de cercle plantés dans la paroi. Nous avons ensuite ouvert les deux "pots" de départ: celui de Moissey, à l'ouest, est fermé par trois couvercles métalliques, un intérieur, un extérieur, le troisième provenant vraisemblablement du pot voisin qui n'en a plus; dans le pot de Moissey, nous avons vu l'échancrure de la dalle verticale qui sert à distribuer 1/3 pour Moissey. Monsieur Ruisseaux a ensuite ouvert le pot de départ de Montmirey-le-Château, en écartant un dalle de béton carrée (1 m de côté) de 10 cm d'épaisseur. On a vu les deux échancrures (10 sur 10 cm) qui permettent de laisser passer 2/3 du courant d'eau. Ces deux calibres ne sont plus en service car l'eau est bien au-dessus de la dalle verticale distributrice.

L'eau destinée à Montmirey est entravée par une carotte de chantier rouge et blanc, et celle qui va encore à Moissey, jusqu'au cimetière, semble ne pas couler franchement, le filtre visible au fond du pot doit être encombré, car il n'y a pas de raison que l'eau du réservoir soit au-dessus de la barrière distributrice.

J'ai photographié tout ce que j'ai pu et nous nous sommes rendus au bosquet sud.

C'est un joli puits en arkose qui dépasse du sol de 80 cm, avec un joli couvercle rond (genre meule) et un anneau métallique. Nous avons réussi à ouvrir ce puits: à ma grande surprise, j'ai vu une échelle en fer qui descendait très profond. Robert Ruisseaux a parlé de 18 m et a regretté de ne pas avoir pris une ficelle pour mesurer la profondeur. Je lui ai dit qu'en mesurant entre deux barreaux et en comptant les barreaux, on saurait la longueur de l'échelle. On a taillé une baguette de longueur "entre deux échelons" (33 cm). Seulement, de retour à la maison, le "développement" des photos a montré qu'on ne pouvait pas compter les barreaux, les photos n'étaient bien lisibles que pour les 3 ou 4 premiers mètres. En extrapolant, il y aurait 52 échelons.

Avant d'ouvrir ce puits, Robert Ruisseaux et moi avions fait l'hypothèse que cet aqueduc avait dû être fait à ciel ouvert: seulement, après ce qu'on venait de voir (la profondeur de ce puits), cette hypothèse n'était plus guère plausible.

Au moment de refermer, le couvercle faisait continuellement de l'opposition, nous avons donc décidé qu'on repasserait à Moissey prendre une barre à mine.

Enfin, nous avons quitté ce grand puits de visite pour chercher et trouver le puits de captage. Ce puits est situé sur ZB 43. Robert Ruisseaux a commencé à chercher, à partir de ses souvenirs d'enfance, dans un buisson qui passait par là. Au bout d'un quart d'heure, il a découvert le trou qui était tout simplement en bas de la pâture, nous étions passés à côté sans le voir. Ce puits mesure 2 m de profondeur, avec des échelons en tiers de cercle. Deux dalles de 10 cm, rectangulaires, en béton, devaient obturer ce puits: l'une d'elle est à côté, à un mètre, l'autre est tombée dedans. On a pas vu d'eau à cet endroit, ce qui a fait dire à Robert Ruisseaux que ce canal souterrain devait être plus un drain qu'un aqueduc.

C'est ici que l'histoire moisseyaise dit qu'un sanglier serait tombé dans ce puits, qu'il n'en soit jamais ressorti, et que jamais personne n'en serait tombé malade (j'ajoute, moi, "personne ne serait tombé malade", qu'on croit...)

Nous avons quitté le puits de captage en comptant nos pas: 145 pas jusqu'à la route, puis 43 pas jusqu'au grand puits, soit 187 pas. L'étude des cartes, ultérieure, nous a confirmé que l'aqueduc mesurait 360 m et que le grand puits était au milieu, soit 180 m (à peu près, à un mètre près).

Vers 11 h 30, nous sommes redescendus au village pour prendre une barre à mine de ses outils, puis nous sommes allés remettre le chapeau du grand puits, bien comme il faut, avec sur le bord, un bout de pierre tombale, car ce chapeau, il lui en manquait un morceau.

Nous nous sommes quittés vers midi, après que nous ayons épuisé pas loin d'un litre d'eau sirupée à nous deux tellement notre soif était grande.

 Mardi 29 avril 2003.

 

Lettre au Maire, Michel Delhay.

[...] Je voudrais [aussi] que vous jetiez un œil sur mon dernier article de moissey.com, qui s'appelle "l'aqueduc de Melay" que vous trouverez dans "hello" puis "Eaux".

La première image de cet article montre le puits de départ qui est sur la parcelle Lormet d'Offlanges (ZB 43). Ce puits m'appelle deux réflexions:

1. Il n'est pas sécurisé, et il faudrait qu'il le soit. Nous avons exploré tout ça avec Robert Ruisseaux. Il était jadis fermé par deux dalles-béton, l'une est tombée dedans et l'autre est posée à côté (ce n'est pas profond).

2. Je voudrais savoir s'il y aurait moyen de mettre de l'ordre dans ce puits, c'est-à-dire le nettoyer un peu, faire une photo du départ de l'aqueduc, pour enfin reboucher avec les deux dalles.

Alors, il faudrait s'adresser à qui, à Jean-Marie Lormet, à vous, et en parlerais-je à Robert Ruisseaux qui peut-être serait partant (avec moi) pour la demi-journée de boulot que ça nécessite ?

Si vous en êtes d'accord, et Robert Ruisseaux aussi (je ne l'ai pas consulté avant vous), je serais partant pour faire ce travail avec lui: il suffit de repêcher la dalle dans le puits avec une fourche de tracteur et une chaîne, d'enlever une ou deux brouettes de saletés, de photographier et de remettre les deux dalles. Je pense que nous serions plus efficaces que si on demandait à Jean-Marie Lormet.

Si besoin, je vous conduis sur le lieu quand vous voulez.

Bien cordialement à vous. Christel P.

 Mercredi 30 avril 2003.

 

Afin d'illustrer l'article "histoire d'eau" de Pierre Pénez, j'ai mis en route un montage A4 sur fond de plan cadastral avec toutes les images que nous avions sur les débits d'eau. A cet effet, j'ai fait trois dessins reconstitutifs de l'abreuvoir de la Rue Basse. J'ai retenu le plus étroit qui semblait faire l'affaire. En même temps, je me suis souvenu que Jeanne Zocchetti m'avait dit en 1996 que c'était son père qui avait construit l'abreuvoir de la Rue Haute, au carrefour. C'est à ce moment que l'abreuvoir de fonte avait été transféré à la Rue Basse. Jean Zocchetti a construit un abreuvoir, une vrai piscine, de 4,50 m sur 2,20, qui aurait été démonté par l'entreprise Vuillet en 1970. 1970, nous dit Didier Thomas, j'avais 14 ans et pas de mobylette, c'est donc cette année-là.

C'est au cours de la fabrication de cette planche illustrative que j'ai cherché l'orthographe de Meley. Edmond Guinchard, dans sa Monographie de Moissey (1913) écrit Melay, la carte géologique (IIIe République) indique "Creux de Melay", et Bernard Chauvin, maire au long cours, dans un extrait cadastral écrit "Melée".

A l'heure qu'il est, je ne comprends pas encore bien pourquoi les CastelMireymontois sont venus chercher l'eau si loin de chez eux, et pourquoi le diviseur est à 360 m de la source...

 

Vendredi 2 mai 2003.

 

Quand les époux Brischoux se sont installés Rue Haute à Moissey, en 1958, l'abreuvoir de fonte était (encore) là, à sa place, au carrefour, et Lucienne Brischoux, née Rovet, se rappelle bien de l'affluence des bêtes qui venaient boire.

 Dimanche 4 mai 2003.

 

En fin d'après midi, nous sommes allés, Nicole et moi, voir où on rinçait exceptionnellement la lessive, au bas de la Montée Rouge, comme me l'avait appris Pierre Pénez le mercredi 3 avril 2003, en réunion de préparation du Bulletin Municipal. L'endroit en question a été déboisé et l'eau qui occupait quelques mètres-carrés sans profondeur (en 1974) n'y est plus.

Nous sommes allés voir les trois points de l'aqueduc souterrain de Melay, et j'ai fait une très belle photo du crible "partageur".

Enfin, nous avons cherché et trouvé, sur Offlanges, la construction déjà bien entamée du relais de SFR (Société Française de Radiotéléphonie), le socle est achevé.

 Lundi 5 mai 2003, le matin.

 

Ce matin-là, j'ai encore risqué ma vie pour la cause qui me préoccupe. Avec des cisailles à lames courtes et à longs mancherons, j'ai nettoyé autour du réservoir, à tel point que j'ai réussi à prendre une photo de tout le côté Est de l'édifice. Seulement, j'ai sectionné pendant au moins une heure (de 10 à 11 h 15) et je me suis retrouvé avec les avant-bras en compote. Cette fois, j'ai arrêté mon industrie avant d'avoir un malaise, mais je n'en étais guère loin.

Comme je ne suis ni citadin ni rural, ce genre d'efforts m'épuise assez vite, et j'aurais pensé plus efficace et moins fatiguant de jeter deux arrosoirs de désherbant. Mais du désherbant autour d'une source... tous les gastriteux du village m'auraient accusé de tous leurs maux. Pourtant, une partie de la matinée, j'ai bien vu un tracteur, toute tuyauterie déployée, "nourrir" la parcelle d'à côté (en vrai, à côté d'à côté, plus loin que le nouveau chemin de Beauvernois).

 

 Lundi 5 mai 2003, l'après-midi.

 

A 14 h 15, j'étais avec mon cabas, mes plans bien serrés dans un carton à dessins et mon ordinateur portable (iBook, d'Apple bien sûr), installé à la table de la cuisine d' André Roy (né en 1928) et Henriette, son épouse. Avec l'ordi, j'ai pu montrer toutes les photos récentes des lieux.

André Roy, frère de Robert (maire depuis longtemps à Montmirey-le-Château) m'avait confié, en 1997, qu'il avait travaillé à l'entretien de cet aqueduc. J'ai donc appris chez lui des choses plutôt inédites. D'abord, pour ce qui est des archives municipales, André Roy m'a fait savoir que les Allemands en avaient emporté quelques-une en 1944, puis, que le Maire Joseph Garnier avait fait bien du ménage lorsqu'il était arrivé à la Mairie. Comprendre par ménage, expédition aux Archives Départementales de Montmorot.

Malgré cela, André Roy sait que l'architecte de cette réalisation s'appelait Massot et qu'il était venu de Lyon. Il sait aussi que la canalisation est en grès, en modules de 1 m de long sur 10 cm de diamètre, que la jonction de deux modules se faisait avec des manchons de 14 cm sur 40 et que tout ce matériel provenait de Rambers-Villers dans les Vosges.

Surtout, il m'a expliqué pourquoi cette source fonctionnait tout en étant tarie. Son explication rejoint l'hypothèse de drain de Robert Ruisseaux. Pour attaquer l'aqueduc, il a fallu détourner la source le temps des travaux... seulement, après avoir été sollicitée, la source du Creux de Melay n'a jamais voulu revenir, elle avait dû découvrir toute seule une autre destinée. Entre temps, à quelques 30 ou 40 m du départ, les ouvriers ont rencontré, au-dessus d'eux, un passage d'eau, disons, une rivière souterraine, et c'est elle qui alimente l'aqueduc. Voilà comment on a pu croire que cet aqueduc était un drain.

Le profil de l'aqueduc est bien plus compliqué qu'il n'y paraît. Ce n'est pas un simple arc de cercle qui part du diviseur pour arriver à la poste de Montmirey. A Montmirey chacun sait que l'horizontale qui part du diviseur arrive au niveau du chéneau de l'église, donc une bonne altitude pour alimenter le réservoir de 70 mètres-cubes, accessible d'une grosse plaque métallique au pied de la poste.

La réalité (André Roy) nous dit qu'il existe sur ce circuit 5 points de vidange, ce qui nous fonde à penser qu'il existe 5 points bas, donc 5 arcs de cercle.

L'altitude de la captation, selon la carte ONF à 1/10 000, serait de 285 m (282 pour l'eau). La bouche du puits du milieu serait à 296 m (- 15 = 281 pour l'eau). Le fond du diviseur serait à 282 - 2 = 280. Apparemment la pente du premier tronçon serait de 1 m/180 m et celle du second de 1 m/180 m. Je dis bien apparemment, car pour certaines cartes, un CAP ne serait pas inutile (c'est fonction de la précision des mesures sur les courbes de niveau). Finalement, à partir de cette carte, j'ai fait une coupe des courbes de niveau, comme j'avais appris à le faire au CM1 de Tavaux, en 1953.

Pourquoi 360 m ? La coupe que nous avons dessinée d'après le plan 1/10 000 de l'ONF nous indique que pour un dénivelé de -3 m, il fallait aller jusqu'à 360 m du captage. Cette distance peut donc être considérée comme minimale pour obtenir les 2 m de différence, et aussi comme maximale pour que le diviseur reste au-dessus de son client, Montmirey-le-Château. Le diviseur s'est ainsi trouvé à une position de compromis entre le point de captage et le point de livraison, tous ces points restant hiérarchiquement disposés pour un trafic optimal de l'eau. A 5 m près, ce fut le point idéal. L'ingénieur-architecte Massot avait aussi décidé que cet aqueduc traverserait les deux routes, pensant que ce qui serait fait ne serait plus à faire. Ajoutons que le diviseur est aussi sur une crête, ce qui permet de nourrir deux villages qui sont dans des directions exactement opposées.

Comme je réfléchissais intensément à cette question, lorsque je suis arrivé chez André Roy, je lui ai proposé mon explication:

Cet aqueduc prend l'eau sur une pente qui ne va pas dans la direction utile, la source de Melay lâche ses eaux vers le Pré des Veaux, c'est-à-dire vers la Carrière de Porphyre, c'est-encore-à-dire sur le bassin fluvial (la Vèze de Brans) issu de l'Ermitage, qui arrosera Offlanges, puis Brans avant de se jeter dans l'Ognon. La route "Voie communale n° 2 d'Offlanges au CD 37" représente une crête et l'aqueduc représente un col, ou disons, une cluse. La présence, à mi-parcours, d'un regard libre de 18 m de profondeur prouve qu'il s'était bien agi de traverser la colline.

L'opération a consisté d'abord à changer l'eau d'origine de place, lui faire traverser la colline, en somme, la faire changer de vallée. Une fois sur la pente "Au chêne", l'eau de cette source, déportée, translatée, est en bonne position pour être expédiée, soit sur Moissey, soit sur un ou plusieurs Montmirey. André Roy voyait les choses exactement ainsi.

Nous avons ensuite évoqué la construction, il s'agissait d'une conversation entre supposeurs, bien sûr. L'idée de travailler à ciel ouvert nous paraissait vraisemblable dans les deux extrémités de l'ouvrage, là où le radier pouvait se trouver à un ou deux mètres de profondeur. Pour le reste, il a dû falloir travailler comme dans la mine. L'aqueduc est (en coupe) un arc sur jambages, avec des pierres en plein cintre, comme tout bon Romain avait appris à faire à tout bon Gaulois. Comme pour faire les caves voûtées ou tout ouvrage approchant, il a fallu mettre un moule en bois dans le boyau, tailler au large tout autour, puis approvisionner en pierres, puis appareiller les pierres, puis recombler tout autour. Il a fallu respecter la pente, il a fallu déplacer le "berceau", il a fallu enfin évacuer les déblais. Je pensais bien sûr à un système de voie Decauville, chemin de fer de 40 cm d'écartement. André Roy a ajouté que le grand puits avait pu être, à un moment donné, utilisé pour l'extraction et l'évacuation des déblais. C'est un ouvrage qui selon nous deux a dû coûter une somme pharaonique. Il a ajouté aussi qu'il avait fallu, à un certain endroit, travailler sous l'eau qui "pleuvait" puis dans l'eau qui inondait.

Enfin, André Roy m'a révélé le tracé de l'ouvrage, mètre par mètre, que j'ai reporté sur ma carte. André Roy sait où sont, chaque ventouse, chaque regard libre, chaque point de vidange.

Ainsi, du diviseur de Moissey à la réserve de Montmirey-le-Château, le trajet de la conduite peut se décomposer en 8 segments:

segment a: du diviseur jusqu'au coude routier d'Offlanges, 1070 m,

segment b: de ce coude jusqu'au croisement des 9 fontaines avec traversée du CD 475, 370 m,

segment c: de ce croisement jusqu'à la Croix (pattée et son emplacement actuel) du Guetti, 530 m,

segment d: de cette croix jusqu'au carrefour "les 4 vents", avec traversée du CD 15, 480 m,

segment e: des 4 vents jusqu'à l'Olivier (autre croix pattée), 210 m,

segment f: le faubourg de Brans, 380 m,

segment g, entrée dans les maisons, 200 m,

segment h, rue principale, 100 m,

segment i, le dernier raidillon compté pour 100 m,

 

soit, en adoptant ces mesures, une conduite de 3440 mètres.

André Roy, de mémoire, compte, en partant de la source bien sûr,

sur le segment a, une vidange, un regard libre, une ventouse, un regard libre (au murger), encore une vidange, et un regard libre (au coude),

entre b et c, une vidange,

entre c et d (au Guettis), un regard libre,

entre e et f (à l'Olivier), une vidange,

au milieu de f, (chez Christian Mielle), une ventouse,

entre f et g, au départ de "la Ruelle", une vidange.

 

Entre l'Olivier et le cimetière, l'abreuvoir en fonte est un poil sous le niveau "atmosphérique" (en pression), son bec est à 1 m du sol et pourrait être classé dans les regards libres.

De cette configuration parmi les souvenirs d'André Roy, il restera à faire correspondre avec les courbes de la carte des chasseurs ( ONF 1/10 000), que les regards libres sont à la même altitude (c'est-à-dire, celle du récepteur de Montmirey, soit + 250 m), suivant le principe des vases communicants, pour que ce principe soit pleinement appliqué, et on peut supposer qu'il l'était, que les vidanges occupent les différents points bas, les fonds des 5 cuvettes qui constituent l'ensemble et enfin, que les ventouses sont au sommets des différents dos.

 

En résumé, depuis le diviseur, la conduite tire au plus court à travers champs, et dès que c'est possible, elle suit la route D 475, puis la D 15 depuis le carrefour des Quatre Vents jusqu'à la poste de Montmirey-le-Château.

Pour faire mes dessins, j'ai dû me créer une nomenclature. J'ai baptisé les éléments du souterrain en chiffres romains, soit,

I. le puits initial,

II. le grand puits de visite,

III. le puits de fin de souterrain,

IV. la chambre diviseuse,

V. les deux pots de sortie et d'expédition sur chacun des deux villages.

La branche ouest du tuyau, qui va du diviseur au village de Moissey, a deux tronçons en rase-campagne, a' et b', jusqu'au cimetière... puis c' et d'... (à suivre).

 Vendredi 9 mai 2003.

 

Au jour qu'il est, j'ai pratiquement tout saisi de l'opération et j'ai dû imaginer l'aspect moral et financier de l'entreprise. Je sais qu'à Moissey, en 1880, on devait être un des villages les plus pauvres du coin, et on avait déjà des sources en quantité satisfaisante.

La question de l'adduction d'eau à Montmirey-le-Château a dû, logiquement, être supportée par la commune de Montmirey-le-Château, seule ou avec une aide du Département et de l'Etat, mais sans Moissey. Dans sa Monographie de Moissey (1913), Edmond Guinchard parle d'une association entre Moissey et Montmirey-le-Château. Il est plausible de penser que la commune demandeuse ait couvert entièrement la dépense, et qu'à titre de récompense ou de loyer, Moissey ait reçu "ad vitam éternam" un tiers de l'eau domestiquée. Tout au plus, on pourrait imaginer que Moissey ait participé pour moitié à la construction du diviseur et peut-être du réservoir, ce qui ne représente pas un investissement exorbitant en regard du coût de la fabrication d'un souterrain maçonné de 360 m de longueur.

L'étude d'archives survivantes devrait nous dire à quel point nous sommes proches -ou non- de la vérité historique.

 Dimanche 11 mai 2003, jour de la fête de Moissey.

 

Ce matin, je suis allé faire des images de situation de l'aqueduc souterrain (en fait, des deux bosquets, celui du grand puits et celui de la station partageuse), et vers 10 h, en redescendant, je suis allé photographier l'auge en arkose qui a longtemps servi, Rue Haute, au chevet de l'église, adossée au mur de l'ancien cimetière. Cette auge trône aujourd'hui devant la maison des époux Marcelle et Marcel Daudy, à la sortie nord de Moissey. J'en ai profité pour prendre un mot à Marcel Daudy qui m'en appris de bien bonnes.

Marcel Daudy est né à Moissey en 1931, il est bien au fait de mon propos, d'autant qu'il en avait eu vent, jadis par son grand-père Victor Daudy, né en 1870, soit 10 ans avant la fin chantier qui nous intéresse. Victor est le père d'Ernest, que nous avons connu lorsqu'il était encore paysan. Marcel Daudy connaît bien son village, sa géographie et son histoire. Il a été toute sa vie paysan, une partie de sa vie Pompier bénévole et aussi conseiller municipal. Les paysans de Moissey savent bien toutes les questions d'eau; forcément: sans eau, pas d'élevage, pas de culture. Pas de vie.

Il m'a d'abord confirmé ce que m'avait dit Pierre Pénez: certaines femmes de lessive, brouette aux bras, se rendaient effectivement en bas de la Montée Rouge pour y rincer la lessive dans une eau qui allait très très bien.

L'affaire du sanglier, ce n'est pas une légende puisque c'est à Marcel Daudy qu'elle est arrivée. En hiver 1949, il avait 18 ans, l'eau était trouble (Jean Zocchetti avait pensé à un effondrement du tunnel) et lui et Michel Jardel, (né en 1933) ont découvert un sanglier qui était dans le diviseur et déjà depuis un moment. La bête, un animal de 60 kg, était tombée dans le puits de captage et avait dû faire de nombreux allers et retours le long de cet aqueduc avant de périr. Marcel et Michel l'ont enterré dans les buissons d'à côté. A ce propos, Babert Patin leur a fait observer qu'ils auraient pu l'inhumer plus en contre-bas, mais à 18 ans, on ne sait pas tout (pas encore).

C'est à la suite de l'exploit du sanglier que Marcel Daudy et Michel Jardel ont voulu en faire autant. Selon Marcel Daudy, ils avaient trouvé le temps long, ils ne voyaient pas bien clair. Il nous a dit, en guise de conclusion, qu'il ne recommencerait pas. Selon Marcel Daudy, ce chantier d'aqueduc souterrain a connu, des morts, au moins un de sûr. Il pense que l'essentiel des travaux a été supporté par Montmirey-le-Château, en toute logique.

 

La fontaine de la Rue Haute était alimentée par Melay et il était convenu entre M. Masson et la Commune que M. Masson récupérerait le trop plein gaspillé de cette fontaine pour alimenter une citerne faite dans une de ses caves, étanchéifiée, et un jeu de cascades dans son parc. La collaboration entre la Commune et M. Masson était telle que M. Masson a pris sur sa terre personnelle pour la construction des deux mètres-carrés de la Fontaine de la République, route Nationale (N 475). Pour finir, cette fontaine était alimentée par deux "sources", celle de Melay et celle des Prés d'Amont. A côté de cet abreuvoir, et perpendiculairement, M. Masson avait installé un vivier de mêmes dimensions que l'abreuvoir, et couvert d'une grille.

Sortant de chez Marcel Daudy, j'ai voulu photographier l'abreuvoir en fonte qui siégea dans la Rue Haute, puis dans la Rue Basse, enfin dans la parcelle aux vaches Salers, parcelle de Julien Ruisseaux, juste en face de la tuilerie gallo-romaine; les vaches n'y étaient pas, alors j'ai voulu faire vite et je me suis tordu le gauche dans un pas de vache. Découragé et souffrant, j'ai quitté l'endroit sans les images espérées.

Ça fait trois incidents de santé que je me goinfre sur ce chantier, et je me demande si les dieux ne me signifient pas que je dois m'éloigner d'un domaine qui serait sacré...

 

Reste à voir, la construction et la question hydraulique entre le partage et la commune de Montmirey-le-Château.

 Vendredi 16 mai 2003.

 

En portant les tuiles gallo-romaines confiées à l'école au Caveau, où se tient une expo archéo-historique, j'ai rencontré René Delmas qui m'a dit que les regards libres de la conduite en grès ne devaient pas être aussi libres qu'on le dit, car menaçant les vases communicants.

J'ai aussi rencontré Jean-Marie Lormet, l'exploitant de la parcelle ZB 43. Il veut bien qu'on "range" le puits de captage, mais après la moisson de ses blés.

 Samedi 17 mai 2003.

 

Je viens de terminer la coupe des terres traversées par la conduite d'eau qui va du diviseur de Moissey jusqu'au pied de la poste de Montmirey-le-Château. On va de + 280 m à + 250 m, soit une déclivité terminale de 30 m pour 3,440 km.

J'ai rencontré encore plus de difficultés que pour la coupe du tunnel de 360 m. En effet, les courbes de niveau de la carte du Massif de la Serre (ONF 1/10 000) ne sont pas toutes bien identifiées et j'ai dû parfois laisser ma rigueur être relayée par mon flair et mon bon sens, ce qui fait que cette coupe peut comprendre quelques petites erreurs; de plus, je me suis appuyé aveuglément sur le tracé rapporté de mémoire par André Roy. Ce travail ne peut donc pas s'ériger en document scientifique, mais il donne une excellente idée de ce que sont les choses.

Là ou l'imagination laissait penser qu'on avait (je parle de la coupe de la conduite) une cuvette, on a en réalité 5 cuvettes l'une au bout de l'autre, ce qui concorde bien avec le fait qu'on ait 5 points bas (donc 5 points de vidange). Cette portion de l'adduction est enterrée entre un mètre et deux et par conséquent suit le relief du terrain.

 

L'adduction de Melay-Montmirey comprend deux ouvrages bien distincts, et de "philosophies" bien différentes:

le premier est un tunnel à taille humaine (accroupie), voûté en berceau, rectiligne avec une déclivité faible et régulière, pénétrable par l'homme (pour l'entretien) et long de 360 m,

le second est une conduite en grès, qui suit la route tant qu'elle peut et qui donc suit le relief, enterrée peu profond (avec de multiples regards, pour l'entretien) et qui fonctionne sur le principe des vases communicants et longue de 3440 m.

Entre ces deux, un petit château d'eau reçoit l'eau captée et la répartit entre ses deux communes clientes selon un rapport défini (1/3 et 2/3).

 Samedi 24 mai 2003.

 

A l'occasion de l'inauguration de l'expo archéologique au caveau de Moissey, j'ai eu l'occasion de rencontrer Robert Roy, maire de Montmirey-le-Château et Jean Michaud, Président de l'Association de sauvegarde des Croix Pattées. Robert Roy m'a fait savoir que je pourrais consulter le registre des délibérations qui évoque la construction de cet aqueduc et Jean Michaud m'a dit qu'il avait des photos de sa visite du même souterrain en 1996.

Puisqu'il était là, j'ai aussi interrogé Bernard Grebot qui se rappelle bien que sa grand-mère et Hortense Durot, toutes deux veuves avec cinq enfants, allaient rincer le linge du notaire Besson (propriétaire de la maison bourgeoise devenue école communale en 1956) en bas de la Montée Rouge, sur l'ordre de leur employeur.

 Mardi 27 mai 2003.

 

Mon entretien avec Jean Michaud, de 14 à 16 heures m'a encore bien fait avancer dans ma quête. Il m'a montré qu'une fois de plus, il ne fallait pas se fier aux apparences: en effet, le puits de captage I ne mesure pas deux mètres de profondeur, mais trois. Il a été comblé de façon à ne montrer que 40 cm de hauteur du boyau adducteur; la réalité est tout autre, le boyau mesure 1,80 m de hauteur (on s'y tient debout). Le comblement n'a pas 50 cm de hauteur, mais un mètre de plus. Cette nouvelle dimension me semblait incroyable, aussi Jean m'a sorti une série de photos qui prouve que mon doute n'est pas possible.

Un jour de printemps, en 1996, Jean Michaud (né en 1936 et retraité de l'agriculture, à Brans) a répondu à la demande de deux de ses amis spéléos à Fraisans, Michel et Jean Demesmay et il les a conduits dans le tronçon qui va du puits I au puits II. Jean Michaud ne s'est pas senti l'élan de faire tout le boyau, car à partir de 15 à 20 m du puits I, ce boyau oblige à se déplacer à quatre pattes. Ses amis spéléos ont fait les 180 m et sont ressortis au puits II. Jean et ses amis ont fait suffisamment de photos pour qu'on comprenne bien la maçonnerie des lieux. Le boyau n'est pas une ogive (en coupe) mais une belle ellipse, du moins au départ. La partie inférieure est masquée par des pierres et 20 cm de vase.

Cet aqueduc a été par le passé, curé par Jean Laplante, Robert Roy et Henri Viennot, que je devrai rencontrer, pour les deux premiers, afin d'accueillir leur témoignage.

La borne-fontaine en fonte, encore visible au pied du bel immeuble mairie-école de Montmirey-le-Château, est datée en chiffres romains de 1879. Selon Jean Michaud, le chantier aurait commencé vers 1870, ce que les vieux écrits pourront nous confirmer.

Enfin, Jean Michaud pense qu'on a utilisé une voie Decauville (rails et wagonnets) pour évacuer les déblais et avitailler en matériaux de construction; il pense aussi qu'à part le tuyau "diviseur-cimetière de Moissey", toute l'opération aurait été réalisée aux frais de la commune de Montmirey-le-Château.

Le segment "a", sur notre dessin d'après André Roy, long de 1070 m, ne serait pas rectiligne, mais courbe, la courbe empruntant sur la montée, pour donner de l'élan à l'eau (ce qui serait en contradiction avec l'idée des vases communicants... sauf pour la mise en eau)

En marge de notre conversation, pour rester dans le domaine de l'eau, Jean Michaud m'a indiqué la présence de belles auges en arkose, en bas d'Offlanges, alimentées par des drains dans le terrain contigu, et au nombre de trois. Nous irons voir ensemble et faire des photos, un jour de beau temps. Il m'a aussi affirmé que les différents bacs de la fontaine dite romaine avaient été bullés (massacrés au Bull Dozer).

Jean Michaud est très intéressé par la dalle diviseuse: j'en ai déjà une belle image, mais sous-marine (disons sub-aquatique). A mon idée de vidanger au seau jusqu'à ce qu'elle "touche" l'air, Jean m'a dit qu'il participerait volontiers à cette expédition.

En rentrant de Brans par Offlanges, j'ai vu, -compère qu'as-tu vu- érigé, le pylône grelu de la SFR.

 Jeudi 29 mai 2003. Jour férié de l'Ascension.

 

Après la grosse chaleur de l'après-midi, nous sommes allés, Nicole et moi, voir les auges du Chemin des Auges, en contre-bas d'Offlanges, en face de la Croix Pattée n° 32, selon l'inventaire Michaud, dite croix de la Chaux. Nous avons immédiatement été renseignés par Mme Rolande Buatois, la veuve d'André, Offlangeaise depuis 40 ans, qui se trouvait justement sur place.

C'est un bel ensemble de six auges en arkose, taille cercueil, avec, surplombant chacune, un fort bec de distribution, en calcaire. Ces auges sont appuyées contre un mur en pierres sèches d'une dizaine de mètres de longueur et de 1,80 m de hauteur. Les auges I et VI manquent à l'appel. Ce spectacle impressionnant est accessible à tous, depuis que la récente municipalité (arrivée en mars 2001) a décidé de débroussailler l'endroit.

Dans la foulée, nous sommes allés voir la fontaine dite romaine (un édicule de la IIIe république je pense). C'était un ensemble très luxueux de plusieurs bassins, le puisard, un "lave-pieds", et vraisemblablement, un lavoir et un abreuvoir; ces deux derniers éléments ont disparu, enterrés sous un mètre de terre depuis le remembrement (autour des années 60). Mme Rolande Buatois nous a confirmé que ce qu'on ne voit plus a été brisé puis recouvert.

Il faudra rétablir la peine de mort pour les "bulleurs" de fontaines.

La distribution de l'eau à Offlanges a l'air d'être aussi une fine application des vases communicants.

 Vendredi 30 mai 2003.

 

A 10 heures ce matin, le soleil donnait pile sur le train d'auges d'Offlanges, aussi ai-je ramené de bonnes images. J'en ai profité pour faire quelques fontaines et quelques croix pattées, pour une collection future, placée sous le signe de l'arkose. J'ai pris contact avec l'épouse de Jean Tabard, ancien maire, à qui je voudrais m'adresser pour qu'il me raconte la captation des sources de la Serre qui alimentent toujours le village d'Offlanges.

Ce village est reposant, baigné dans une belle lumière jaune, les gens vaquent, pas de voiture, un tracteur égaré pas plus. En quittant ce village, j'ai aperçu Jean-Marie Lormet à qui j'ai parlé du puits de captage qui est sur sa parcelle. Il nous autorisera à y aller, lorsque la parcelle sera moissonnée. Il me préviendra le moment venu.

 Mardi 24 juin 2003.

 

Il a fallu que j'attende le retour de Jean Laplante, éclipsé en cure jusqu'au 15 juin.

On a bien raison de tout vérifier. Jean Laplante (1931), son frère Charles (1923) et Michel Mallier (#1918) sont ceux qui, victorieux d'une adjudication, ont curé l'aqueduc souterrain, en 1949, pendant environ deux semaines. Robert Roy faisait partie d'un autre groupe d'adjudicataires (enfin, de soumissionnaires).

Jean Laplante m'a d'abord dit: «tout ce réseau appartient à Montmirey-le-Château». A ma première question (le profil de la coupe transversale du tunnel), il m'a répondu que le fond du boyau comportait un rebord de chaque côté, encadrant une cuvette en béton. Ils ont fabriqué une caisse sur deux patins pour sortir les gravats, chaque patin glissant sur un rebord. Quand ce traîneau était plein, il était évacué par une corde de traction. Ils ont procédé par mi-longueurs, c'est-à-dire que chaque fois qu'ils pouvaient, ils évacuaient par le segment le plus court. C'est ainsi qu'au cours des travaux, ils ont été amenés à évacuer par le grand puits (17 m dit-il), à l'aide qu'une bique plantée au dessus de la bouche du puits (une chèvre: une construction à trois pattes et une poulie).

Montmirey avait toujours eu un problème d'eau, malgré la source couverte en toit de maison (près de la croix Jean Drenner), malgré la source Charles Vuillemin et malgré le grand puits de la Ruelle (avec une chaîne à godets), la vie d'ici était continuellement sous-hydratée. Malgré aussi la source de Mat, là où allait laver l'arrière-grand-mère de Jean Laplante (pas loin du Guetti).

L'adduction de Melay a pu se faire, à partir d'une étude extrêmement fine du terrain (on le verra dans l'étude du profil) et aussi grâce à une belle quantité de chênes, arrachés lors d'une tempête, et qu'il était temps de "monnayer". Avec la vente de tous ces arbres (de qualité marine, donc chers), on aurait procédé, dans les années 1870 à 1880, à des rénovations sur la mairie, l'église et le cimetière. Sans pouvoir le préciser, Jean Laplante pense que ce chantier a dû requérir beaucoup d'ouvriers pendant plusieurs années.

La cuvette "vase communicants" n'affecte pas toute la longueur du tuyau (inhumé à un ou deux mètres, selon le terrain et selon la pente qu'on lui avait assigné), car autour du lieu Jean Drenner, on trouve un abreuvoir en fonte qui est à ras du niveau, mais surtout, il y a là un regard libre, donc pas sous pression. Le réseau alimente ensuite la Vénus du carrefour pour s'achever dans le grand réservoir communal. Le splendide Lavoir de la Goulotte -ou Goulerotte- (à deux toitures) était jadis alimenté par une source venant de la ferme Vuillemin (au fond d'un tunnel taillé dans la roche) et a été raccordé au grand réservoir, par gravité, à partir de 1880. La coupe du tracé de l'adduction depuis le réservoir diviseur est tout en nuance: il faut distribuer en certains endroits sans faire déborder le réservoir central.

En 1954, la conduite de grès a été réparée et, en 1960, un usager de Moissey aurait agrandi le "crible Moissey" du diviseur pour avoir plusse d'eau... «On sait qui c'est, mais on ne dit pas son nom car on est pas sûr» (comme quoi, savoir n'est pas une chose sûre...).

Au moment où j'allais prendre congé de Jean Laplante, il m'a confié un duplicata de La Notice de Montmirey-le-Château rédigée par E. Belvaux, ancien maire, en 1906. Certaines pages de cette notice doivent nous sortir de nos hypothèses sensorielles (ce qu'on désigne par l'expression "au pif").

 

En effet,

[Après avoir évoqué l'occupation prussienne qui s'éteint, coûteusement en 1871] ...Mais la question principale d'avoir de l'eau dans la commune reprend le dessus et, le 10 janvier 1877, le Conseil décide de faire des recherches à Meslay, territoire d'Offlanges, pour savoir s'il serait possible de capter et d'amener à Montmirey la source existante. A cet effet, il vote une somme de 2 200 fr pour faciliter les études et les recherches préliminaires. [...]

Les recherches aboutissent, et, le 15 mai 1877, M. Sautrey, architecte à Dole, présente un projet pour l'établissement de la conduite à Montmirey, se montant à 50 000 fr, y compris ses honoraires, que le conseil accepte. Les travaux sont rapidement conduits, malgré le rigoureux hiver de 1879, et le village de Montmirey se voit enfin pourvu de fontaines fournissant une eau saine et abondante, même pendant les plus grandes chaleurs.

Que n'avait-on commencé plus tôt par là! (E. Belvaux page 45)

 

Pour mieux comprendre ces chiffres (E. Belvaux page 43), rappelons que la belle mairie de Montmirey-le-Château avait coûté, en 1851:

2 600 fr d'acquisition du terrain,

29 295 fr de construction,

1 474 fr d'architecte,

puis l'aménagement de la salle de justice de paix et de l'école de garçons, 1 000 fr,

un total de 34 369 fr.

Cette adduction a donc coûté les 3/2 de la maison commune.

NDLR. En 1845, un ouvrier touchait 450 F et un instituteur 500 F, par an.

En 2004, un ouvrier touche 12 000 Euros et un instituteur, 14 400 Euros, par an.

 Lundi 30 juin 2003.

 

Au message que j'avais laissé hier, Mme Monique Vuillemin (1951) m'a répondu qu'elle me ferait visiter l'installation, genre tunnel, qui passe sous sa maison. On n'y voit pas clair et il faudra des bottes. C'est bien cette source qui alimente la Goulerotte, ce magnifique complexe balnéaire qui sert à abreuver les bêtes et laver le linge.

Son père Charles avait installé sur ce circuit une pompe à bras pour son besoin (Charles était agriculteur).