Jeanne Zocchetti est née le 18 mars 1926
à Amange,
- de son père Jean
Zocchetti (né le 11 octobre 1896 à
Montescheno, en Italie, et décédé
le 10 octobre 1976 à Moissey) et
- de sa mère Louise Juliette Olga
Ponnelle (née en 1899 à
Serre-les-Moulières,
décédée le 2 juin 1974).
Mon papa, Jean Zocchetti, avant d'intégrer
définitivement la France y était
déjà venu (la première fois à 8
ans), car mon grand-père venait tous les ans faire du
charbon de bois à Salins avec ses enfants, pendant
les automnes et les hivers. Jean est arrivé ensuite,
seul en 1922. Il avait fait la guerre de 1914, il
était de la classe 16.
Il a travaillé comme maçon chez Poseta
à Orchamps, chez Ocler et chez Parisot à
Amange.
Ma maman avait une tante à Orchamps, et c'est
en allant lui rendre visite que elle et papa se sont
rencontrés. Ils se sont mariés à Amange
en février 1924.
Nous sommes arrivés à Moissey parce que
mon papa a acheté, en 1926, la maison (AB 166)
à la soeur de Suzanne Thomas, épouse Barbier.
Plus tard, en 1943, il achètera le petit morceau en
face qui devait appartenir à Mme Bon.
Quand nous sommes arrivés à Moissey,
j'avais 3 ans et demi, c'était en décembre
1929, c'était en même temps que
démarrait la carrière de Marcel
Téliet.
Mon papa s'est fait naturaliser en 1932 et moi, je
suis entrée à l'école à 5 ans,
auprès de Mme Mourin, au rez-de-chaussée de
l'école des petits (AB 436), puis auprès de Mr
Mourin, dans l'immeuble mairie (AB 191), pendant une
année, puis ensuite avec Mr Lesnes, jusqu'à
mon certificat que j'ai passé et obtenu avec mention
Bien, à l'âge de 12 ans.
J'aurais dû faire ma communion avec
Léonide Richard, mais il est
décédé, ce qui fait que nous avons
reporté la cérémonie à juillet
1938, avec le curé de Menotey. Puis est arrivé
l'Abbé Grandvaux.
Après avoir quitté l'école
primaire, j'ai suivi les cours de l'école
universelle, par correspondance, mais toute seule,
c'était vraiment très difficile, bien que
m'étant assuré le concours du vieux Docteur
Claude Simeray (dans les années 42 et 43).
Essentiellement, j'étais à la maison,
au jardin, à la vigne et aux chèvres. J'ai
fait un mois de stage à la poste de Moissey avec Mme
Saturnin, puis j'ai fait le ménage de la nouvelle
école entre 1958 et 1962.
La guerre de
1939-1945.
La débâcle
de 1940.
En 1940, mon papa est parti le
2 mars, malgré son âge. Il a d'abord
été affecté 3 semaines à
Lons-le-Saunier, puis à Dole, puis à
côté de Lourdes. Les Allemands sont
arrivés le 15 juin 1940. Mon papa est revenu au bout
de 7 mois, c'est à dire en septembre
1940.
Au moment où tout le
monde s'est affolé, j'ai fait partie avec ma maman du
convoi conduit par Marcel Schorsch, dans un camion de
carrière de l'entreprise
Téliet.
D'abord, nous avons dormi dans
une cure, à Saint-Jean de Losne. Cette
nuit-là, je la revois bien, la Lili [Lili
Raposo] n'arrêtait pas de marcher. On a
continué la route. On a franchi le pont à
Paray-le-Monial et là on s'est fait bombarder. Ils
visaient le pont. On s'est réfugiées dans un
abri. Heureusement, on nous a aidées, ma maman et
moi, à descendre de la benne du camion. Là, on
aurait pu se faire tuer cent milliards de fois. Il en
tombait du ciel, c'était affreux, et le bruit,
c'était la fin du monde, on avait
peur.
Nous avons terminé
à Lunaud, dans une ferme, on nous donnait à
manger et on dormait sur la paille.. On est restées 8
jours.
Au moment de quitter le
village, on avait lâché nos lapins pour
éviter qu'ils meurent de faim, pas de chance, un
autre lui, avait lâché aussi son chien. Mme
Fidalgo, avec son mari Casimir, étaient restés
à Moissey. Ils habitaient rue haute, dans la maison
des Millière (AB 246). Elle, elle allait à
l'épicerie de Delphine Thomas et lui, il s'occupait
de Carrières à Frasne.
Quand nous sommes revenus, il
n'y avait aucun Allemand ici. A la radio, on nous avait
rebattu les oreilles "Surtout ne partez pas". Ils avaient
raison, en partant, nous allions à la
mort.
L'occupation.
Des Allemands, on n'en voyait
pas tellement. Il y en avait là, à
côté, chez Ugrinsky, c'était le maire,
Ernest Odille, qui les plaçait. Il en avait mis au
château Masson, au Croûtot [chez
Petiot]. Ceux d'à côté, il y en
avait un qui jouait de l'accordéon, toujours le
même air, c'était « j'attendrai, le
jour et la nuit...» J'en ai vu des Allemands, qui
pleuraient d'être ici, expliquer qu'ils avaient une
femme, des enfants, là-bas.
Mon papa ne manquait pas de
travail dans la maçonnerie, mais il n'y avait rien
à manger. Un jour, il s'était fait payer avec
du blé, on l'avait moulu chez Maurice Besson, dans la
maison du bout, à droite, en allant sur la
Carrière (AB 402).
Une fois, ma maman avait
porté du tabac, car mon papa ne fumait pas, au
meunier de Montrambert, qui s'appelait Lépaté,
en échange de semoule de blé. C'est Monsieur
Dubuc, qui s'occupait d'une sablière, mais surtout de
bois, qui l'avait ramenée chez nous. Mon papa allait
quelquefois chercher du sable chez Dubuc [dans les bois
appelés d'abord Matherot, puis Dubuc, AC
45].
On faisait griller de l'orge en
guise de café.
La
libération.
Si l'occupation a
été relativement calme, il n'en fut pas de
même à la libération. C'est la fille
Lormet qui a sauvé le village de l'incendie. Ils
étaient toute une armée, avec des camions, des
jeeps, des bidons d'essence, et si elle n'avait pas
été là pour parlementer en allemand, on
était tous fichus.
Ça, c'était
après la mort des 2 FFI, donc entre le 7 et 9
septembre 1944.
Je ne me rappelle pas de la
cérémonie d'obsèques des 2 FFI, mais je
me rappelle d'être allée les voir à la
salle Saint-André. C'était
horrible.
Un jour qu'une colonne passait
dans la grande rue, 2 FFI sont descendus de la Craie avec
des fusils. Mais notre voisin M. Mourlin a dû les
dissuader d'agir et ils ont re-filé dans la Craie.
Heureusement!
Le jour de la
libération,
C'est là que le gendarme
Michel, de la Gendarmerie de Moissey a perdu la vie, en
pavoisant trop tôt sur sa moto. A
Montmirey-le-Château, ils ont dû le voir arriver
de loin et ils lui ont tiré dessus. Ils l'ont
tué.
J'étais là quand
il est parti à moto. Sa femme a tout fait pour
l'empêcher d'aller. Mais il était
décidé. Elle aurait dû lui crever ses
pneus.
Ce jour-là, certains
sont montés au clocher, jusqu'au "balcon" et ils ont
fait la ronde en chantant. Les cloches ont bien
sonné.
Moi, je suis tout simplement
allée à la vigne avec ma maman, on
était tous heureux.
La Gare et le Tacot.
Ah, le petit train, ça c'était bien.
J'aimais le prendre. Nous allions à Dole avec ma
maman, nous allions souvent à la quincaillerie pour
acheter du matériel pour mon papa, par exemple des
clous, ou d'autres choses comme ça.
Le lavoir des Gorges.
L'eau était si propre que certaines y
emmenaient leur linge "sec".
Je l'aimais bien ce lavoir, mais c'était loin.
Son plus gros avantage, c'est que, comme il était sur
le ruisseau des Gorges, l'eau était en permanence
renouvelée. De plus, c'était de la bonne eau,
comme de l'eau de pluie. J'y allais avec une remorque. Une
fois, j'y ai vu Mme Chauvin, la mère du maire
actuel.
Ce lavoir a dû être démonté
sous le mandat de Maurice Besson ou de Léon
Désandes. La fontaine derrière l'église
a été démontée, ainsi que le
gros abreuvoir de la rue haute. Celui-là, c'est mon
papa qui l'avait construit, solide, armé. Quand la
machine est venue pour le détruire, mon papa a dit
qu'ils n'y arriveraient pas, mais la pelleteuse n'en a fait
qu'une bouchée.
On a détruit tout ce qui était
beau!
La Carrière des
Gorges.
Il y avait là un camp de prisonniers, mais
ça c'est vieux, il y reste encore des murs. Je n'ai
jamais vu de rails à cet endroit. J'y allais assez
souvent pour faire brouter mes chèvres.
La scierie-saboterie.
Là en bas, je la connaissais. Le père
Boivin y travaillait. C'était la Marguerite, la
belle-fille, qui dirigeait le monde dans cette entreprise.
Le Père Béjean, Firmin, il est mort dans notre
champ, à la Craie. Il aurait tiré un
lièvre, et d'émotion, il serait mort
subitement.
D'après Albert Patin, un voisin bûcheron
qui venait lire le journal chez nous le soir, c'est les
Béjean qui auraient eu la première auto
à Moissey.
Bilan.
- Le meilleur du siècle, il faudrait que je
réfléchisse.
- Le pire, ce sont les décès de mes
parents, et de mon jeune locataire, Claude Violet, qui
était si gentil et qui est mort d'un seul coup le
mercredi 23 Août 1995.
propos recueillis par Christel Poirrier
à moissey, le jeudi 15 août 1996.
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